Favoriser le non-travail du sol

Les techniques culturales, avec ou sans labour, sont un sujet d’actualité en raison de la recherche d’une meilleure efficacité économique des exploitations et d’une optimisation du temps de travail.

Les questions posées par les producteurs sont nombreuses et suscitent souvent des débats : quels sont les impacts sur le sol, la qualité des produits, l’environnement, l’économie de l’exploitation, le temps de travail ? Les motivations d’adoption des techniques sans labour peuvent être diverses et les conséquences aux plans agronomique, environnemental et économique différentes d’une exploitation à une autre et même d’une parcelle à une autre. Il n’y a pas de réponse toute faite ; les règles de décisions doivent être adaptées à chaque situation.

Les répercussions économiques de l’introduction de la simplification du travail du sol sont toujours spécifiques de l’exploitation concernée. La simplification du travail du sol passe souvent par l’investissement dans un ou plusieurs outils spécialisés pour le non-labour. Par ailleurs, le passage du labour au semi direct nécessite des phases de transitions pour en tirer tous les bénéfices et d’être appréhendé dans une modification globale du système de production. Les grandes cultures (céréales d’hiver et de printemps, colza, maïs, tournesol, pois de printemps) sont bien adaptées à ces techniques de semis direct. D’ailleurs, ces techniques sont parfois dominantes dans certaines cultures, avec par exemple 60% de colza implantés sans labour.

 

Les enjeux agronomiques et environnementaux

Le sol est un milieu vivant constitué de milliers d’espèces représentées. Le type de technique choisi pour travailler le sol va avoir des impacts importants sur les organismes, et il faudra donc adopter celle permettant une interaction bénéfique entre toutes ses composantes. Globalement, les effets des différentes méthodes de travail du sol sur l’abondance et la diversité de la faune du sol sont liés à des effets directs lors du travail, à la modification de leurs habitats et à la modification de la distribution des apports nutritifs. La biodiversité des sols labourés est généralement inférieure à celle subissant de moindres perturbations physiques.

Ces techniques favorisent la biodiversité et rendent le sol moins sensible aux autres processus de dégradation. En évitant la perte de structure causée par le labour et en permettant aux résidus de culture d’être présents dans les premiers cm du sol, un habitat favorable aux organismes est créé ce qui exacerbe l’ensemble des propriétés du sol. En effet, l’augmentation de MO (matière organique) dans les premiers cm du sol constitue une réserve de nutriments indispensable qui permet le développement et l’activité des êtres vivants. Ainsi, l’ensemble de la chaîne alimentaire pourra bénéficier de l’arrêt du retournement du sol. >>> promouvoir les espaces de biodiversité

 
L’influence sur la microflore et la flore

L’augmentation de la MO en surface grâce au semis direct favorise la biomasse et la diversité microbienne dans la partie superficielle du sol. En effet, la zone 0-5 cm voit une augmentation significative des bactéries mais aussi l’apparition de nouvelles espèces non présentes en labour. Les champignons, aussi favorisés sous semis direct, participent activement à l’agrégation des sols ce qui a pour conséquence une meilleure stabilisation.

Le développement d’adventices pérennes et vivaces est plutôt facilité par le semis direct à cause des débris laissés en surface. Cette particularité engendre un renforcement des traitements herbicides néfaste pour la biodiversité. La gestion du désherbage chimique et mécanique va jouer un rôle important sur l’évolution du stock d’adventices. Cependant l’utilisation systématique de produits phytopharmaceutiques va à l’encontre de la biodiversité favorisée par le semis direct. Ainsi l’utilisation d’un couvert végétal et d’une rotation culturale étudiée pour ne pas favoriser les adventices sont les meilleurs moyens pour limiter les infestations majeures. Le labour, au contraire, favorise une flore adventice à semences persistantes comme le coquelicot et la folle avoine.

>>> Favoriser la rotation des cultures

>>> Augmenter le couvert végétal

 
L’influence sur la microfaune et macrofaune

Bien qu’elles soient favorisées dans les premières périodes suivant le retournement des sols grâce à une distribution plus homogène des résidus de culture, la compaction engendrée par le labour va se révéler néfaste. L’espace disponible va baisser du fait d’une compaction importante, d’une modification des échanges et stockages de gaz tout comme des changements dans les mouvements d’eau. Les nématodes libres, présumés responsables de 30% de la minéralisation totale dépendent des mouvements d’eau et sont donc sensibles à la structure du sol, à l’aération et à l’humidité. Une structure compacte ne les favorisera pas et ne leur permettra pas de participer au recyclage des nutriments. Les populations de Collemboles répondent différemment suivant l’espèce. On observe quasiment les mêmes espèces mais avec des densités différentes d’un système de culture à l’autre.

La macrofaune se compose d’un large panel d’organismes dont des auxiliaires de cultures. Elle réside dans le sol pour la majeure partie de sa vie et est donc extrêmement sensible au type de travail du sol. Le semis direct va donc favoriser certains organismes : lombrics, limaces, carabes, araignées. Il permettra également une augmentation conséquente de leur biomasse et particulièrement, des vers épigés. Cette augmentation des densités de carabes limitera le développement des limaces. Concernant les arachnides, arthropodes les plus abondants, ils sont plus nombreux sous semis direct que sous sol labouré.

Les vertébrés. Le semis direct améliore le développement et le maintien de ces populations car elles offrent une meilleure disponibilité en habitats d’hiver et de printemps. Une répartition de la MO plus importante en surface ainsi qu’une plus grande proportion de résidus de cultures a notamment pour conséquence de favoriser le développement de leurs proies et ainsi d’augmenter les ressources alimentaires disponibles (en effet, en favorisant les plus bas échelons de la chaîne alimentaire, le semis direct permet d’agir sur la biodiversité en générale). En revanche les passages mécaniques importants dérangent et détruisent les nids et les jeunes de certaines espèces.

Pour conclure ces techniques s’intègrent parfaitement à l’agriculture de conservation puisqu’elles ont des effets positifs sur l’érosion des sols, grave problème à l’heure actuelle.

En favorisant un couvert de résidus et de jeunes pousses au printemps et de résidus à l’automne, et en améliorant le taux de matière organique en surface ainsi que l’activité biologique, les TCS mettent en place un micro et un macro-environnement propices à la nidification d’espèces comme certains canards et certains limicoles, ainsi qu’à la mise en place d’un réseau trophique à la base duquel on retrouve de nombreux insectes et surtout des vers de terre.

Finalement, ces techniques, intégrées à d’autres gestions comme celles des bords de champs et des intercultures, peuvent être des modes d’aménagement relativement efficaces et faciles à mettre en place en agro-cynégétique.

 

Les autres enjeux du non-travail du sol

L’eau. Le semis direct améliore la rétention dans les couches les plus hautes du sol en limitant l’évaporation grâce aux résidus de cultures encore présents. Le peu d’études menées sur la relation entre semis direct et lessivage, indique que la formation du mulch entraîne une baisse d’efficacité des pesticides et des herbicides racinaires. En effet, leur adsorption est facilitée, ainsi que leur dégradation. Une solution est d’utiliser des désherbants foliaires, en préférant ceux dont les durées de demi-vies sont les plus courtes. >>> Optimiser l'utilisation de l’eau

Le sol. L’adoption du semis direct entraîne une augmentation et une stratification de la MO mais une diminution de la porosité et de la rugosité des sols. Cependant cette baisse de la porosité est partiellement compensée par la création de pores due aux vers de terre dont les populations sont plus importantes. La stabilité évolue positivement grâce à ces techniques notamment par l’augmentation de MO. Cette stabilisation est un des facteurs clef permettant de limiter l’érosion des sols en stabilisant son plan physique. De plus, l’effet «gouttes de pluie» est diminué grâce aux résidus de culture présents en semis direct ce qui favorise les propriétés d’infiltration et de ruissellement.

Le mulch est une couche de matériau protecteur posée sur le sol, principalement dans le but de modifier les effets du climat local. Si, à l’origine, le terme dérive évidemment de paille, de nombreux autres matériaux naturels ou synthétiques sont utilisés à cet effet. L’opération qui consiste à mettre en place ce matériau est le paillage. Le mulch instauré en semis direct diminue les risques de battance et d’érosion.

L’effet de serre. Le labour étant le plus demandeur en énergie, la baisse de l’intensité de son travail réduit donc l’émission de CO2. De plus, en adoptant les techniques de semi-direct, l’exploitant augmente sa production de MO et donc la séquestration de carbone.

>>> Réduire la consommation de fuel

>>> Augmenter le carbone dans le sol

 

Les enjeux économiques et sociaux

Dans le contexte socio-économique actuel, les agriculteurs se tournent de plus en plus vers des techniques de semis direct. En effet, ces techniques permettent de diminuer les coûts de production par le biais de la baisse des charges de mécanisation et de main d’œuvre, elles permettent également un gain de temps indéniable.

>>> Réduire la consommation de fuel

 

Les indicateurs en lien avec ces bonnes pratiques sont les suivants :

  • EBE
  • Indice de satisfaction
  • Temps de travail
  • Coûts de production
  • Travail du sol
  • Taux de matière organique
  • Activité biologique du sol
  • Utilisation du sol
  • STOC
  • STERF
  • Utilisation de l’eau
  • Taux de nitrates
  • Bilan GES
  • Bilan énergie