Limiter l'impact des intrants

Les enjeux d’avenir de l’agriculture s’efforcent de répondre aux objectifs de production qualitative et quantitative mais aussi aux exigences du développement durable. L’agriculture dite durable se propose de concilier les objectifs socio-économiques et environnementaux en adoptant de nouveaux systèmes de production. La protection des cultures contre les bio-agresseurs est une composante principale dans la gestion des cultures et doit suivre cette évolution. En effet, depuis une cinquantaine d’années, la lutte chimique quasi généralisée exerce une pression sur l’environnement et présente ses limites d’applications avec l’apparition de résistance des bioagresseurs, de la pollution et des effets nocifs fortement soupçonnés sur la santé humaine. De plus, le Plan Ecophyto 2018 et la révision de la Directive Européenne sur les substances phytopharmaceutiques incitent à limiter les usages de pesticides en raison de leur caractère avéré de toxicité et d’écotoxicité. La production intégrée est une évolution des méthodes de protection des cultures et répond aux enjeux sociétaux et environnementaux. Elle respecte les principes de la lutte dirigée (notion de seuil de tolérance, utilisation des pesticides à moindre incidence écologique), de la protection intégrée (utilisation des moyens de lutte biologique, minimisation maximale des pesticides). Quelque soit le système, il est donc devenu nécessaire de réduire l’utilisation des pesticides en adoptant un ensemble de mesures alternatives (rotations, assolements, travail du sol sans labour, diversité des cultures...) pour limiter le recours aux molécules chimiques. Elle est donc favorable à une augmentation de la biodiversité.

Il est admis que les pullulations d’organismes nuisibles aux cultures sont difficilement maitrisables dans les systèmes en monocultures contrairement aux agro-systèmes plus diversifiés. On peut noter, à travers l’utilisation de produits phytosanitaires, des effets directs sur les espèces sensibles mais aussi des effets indirects dus aux relations proies-prédateurs et aux phénomènes de compétition.

La production intégrée en utilisant moins d’intrants est susceptible de moins polluer les milieux naturels et donc de préserver la biodiversité et d’améliorer la vie biologique des sols. Cette méthode de travail, en favorisant les méthodes de lutte indirecte, favorise les auxiliaires des cultures.

C’est en effet un des éléments clefs de la réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires.

L’augmentation ou le maintien des auxiliaires sont facilités par ce système de production qui prône la mise en place des éléments nécessaires à son implantation mais aussi à leur conservation (haies, bandes enherbées, techniques culturales simplifiées).

Les impacts sur la flore et la faune seront d’autant plus importants que l’utilisation des intrants est réduite et que l’exploitant suit les principes de la production intégrée. L’hétérogénéité des habitats créée par cette technique de travail favorise la restauration de la biodiversité. Cependant les espèces végétales sont celles qui répondent le plus rapidement à la modification des pratiques de travail. La diversification de la végétation influence directement les premiers niveaux de la chaine alimentaire. En choisissant des espèces précises, il est possible d’attirer les auxiliaires. En effet, les bandes enherbées et les plantes pérennes servent d’abris d’hiver, de nourriture pour les auxiliaires et la petite faune de plaine. On peut aussi noter que des parcelles de petites tailles avec des haies facilitent la colonisation par les prédateurs et augmentent donc la prédation sur les pucerons par exemple. Beaucoup de prédateurs généralistes s’attaquent aux pucerons, mais ils ne se nourrissent pas seulement de ceux-ci et ont donc besoin d’habitats hétérogènes pour diversifier leurs ressources.

En mettant en place une stratégie efficace qui vise à limiter au maximum l’utilisation des produits phytosanitaires, toutes les composantes de l’écosystème en bénéficient.

Les systèmes intégrés utilisent moins d’intrants. Ils préservent donc mieux les ressources naturelles (engrais, énergie, eau) et sont donc susceptibles de moins polluer le milieu.

Enjeux environnementaux Grâce aux systèmes intégrés, on obtient des bilans d’azote total plus équilibrés, conduisant à des pertes par lessivage plus faibles. Les quantités de matières actives utilisées et le nombre de traitements sont réduits (diminution du nombre total de passages de pulvérisateurs de 30 à 50%), ce qui préserve l’air et l’eau des risques de contamination par des produits phytosanitaires. >>> Optimiser l’eau

Enjeux sociaux. En mettant en place une stratégie de lutte intégrée, la taille des parcelles est en général plus faible, ce qui fragmente le paysage et restaure une biodiversité paysagée favorable à l’écotourisme.

 

La lutte intégrée

Dans les principes généraux de la production intégrée, les techniques à privilégier sont la rotation des cultures, la gestion de la fumure, la réduction du travail du sol, la gestion intégrée des cultures contre les bioagresseurs et l’aménagement de surface écologique de compensation. Dans une telle démarche, l’éradication des bioagresseurs est une utopie et la gestion des populations à travers des techniques culturales appropriées est nettement plus envisageable. La prise en considération de l’agro-écosystème considéré dans son ensemble, la notion de niveau économique de nuisibilité, la préservation des auxiliaires naturels, le choix des pesticides sélectifs et le suivi des populations de bioagresseurs et de leurs auxiliaires au champ sont les bases de raisonnement de la production intégrée. D’autres techniques alternatives directes ou indirectes non définies dans la production intégrée sont recommandées pour favoriser un système respectueux de la biodiversité.

>>> Favoriser la rotation des cultures

Les rotations longues et diversifiées permettent de minimiser le développement des maladies et des adventices. Les rotations longues limitent aussi les besoins en fertilisation dans la mesure où les différentes cultures sont capables de recycler, et/ou d’extraire différemment les éléments nutritifs présents dans le sol.

Les principes de construction de la rotation :

  • Lister les espèces adaptées au milieu.
  • Introduire le maximum de familles et d’espèces différentes dans la rotation.
  • Introduire au moins une légumineuse dans la rotation.
  • Avoir au moins un tiers de céréales à paille.
  • Introduire au moins tous les 3 ans, une interculture longue (par exemple introduire une culture de printemps).
  • Faire suivre les légumineuses annuelles par des cultures d’hiver exigeantes en azote ou à défaut par une culture intermédiaire.
  • Alterner les cultures exigeantes en PK avec des cultures peu exigeantes en ces éléments.

>>> Promouvoir les espaces de biodiversité

Les bordures de champs, haies, clôtures, bandes enherbées limitent la taille des parcelles et assurent une bonne connectivité afin de favoriser les auxiliaires. Une bonne limite à se fixer est d’estimer la surface maximum que l’on peut semer en une journée de travail de 8 ou 10 heures. Suivant les milieux et les systèmes de production, la surface d’une parcelle devrait se situer entre 5 et 15 ha.

Les zones tampons limitent l’érosion et le lessivage des sols, empêchent la prolifération des mauvaises herbes et permettent de protéger la diversité biologique.

>>> Favoriser le non-travail du sol

Les techniques simplifiées (sans labour) permettent d’augmenter la teneur en matières organiques, l’activité biologique de surface, de diminuer le lessivage de l’azote, de freiner l’érosion et de réduire les consommations de  fuel. Les conditions de réussite dépendent d’une gestion très précise de l’interculture. La présence d’un broyeur et un éparpilleur de paille est indispensable. On doit éviter de tasser soit au semis, soit à la récolte et de faire des ornières.

 

La gestion de la fumure

Il faut maîtriser l’apport en engrais minéraux, source de pollution et favorisant les bio-agresseurs. Les engrais organiques sont à privilégier

  • Réaliser un bilan apparent pour connaître les entrées et sorties d’azote sur les différentes parcelles et ajuster en conséquence la fertilisation.
  • Le transfert d’azote vers les eaux souterraines, par percolation est favorisé par la présence de sols nus en hiver. L’interculture permet de limiter ces risques et bénéficie aussi à la faune sauvage.

 

Les variétés résistantes et dates de semis

La variété doit être adaptée au milieu pédo-climatique et, quand cela est possible, il faut privilégier une variété dite résistante à un bio-agresseur. Le choix de la variété est indissociable du choix de la date et de la densité de semis, qui ont eux-mêmes des conséquences en matière de développement parasitaire, de maladies et d’adventices. Le semis direct sous mulch (matériau limitant la levée des mauvaise herbes) diminue l’attractivité des céréales pour les pucerons, par effet indirectement répulsif du mulch mais aussi par celui plus direct des nombreux prédateurs polyphages circulant au niveau du mulch et laissant probablement de nombreux signaux sémiochimiques (Schmidt et al., 2004). Ce mulch sert d’abris aux auxiliaires et favorise leur multiplication. L’utilisation de désherbage mécanique sur des parcelles à faible pression d’adventices est recommandée après un labour (enfouissement des semences (5-10 cm) pour qu’aucune autre vague de germination ne puisse être déclenchée par le travail du sol.

 

Les procédés physiques

Il existe un certain nombre de procédés physiques qui permettent de diminuer les populations de bioagresseurs :

  • les barrières physiques : filets verticaux, films plastiques étanches aux insectes, tranchées, bandes pièges, poudres inertes à base de silice à propriétés abrasives et désséchantes
  • la solarisation : cette technique consiste à utiliser l’énergie solaire pour «chauffer» les sols et détruire ou affaiblir les agents pathogènes et stimuler les organismes antagonistes (utilisé en maraichage).
  • le désherbage mécanique permet de limiter l’emploi de produits phytopharmaceutiques. Le binage, sarclage permettent de détruire les mauvaises herbes en les coupant à faible profondeur. Le sarclage avec des bineuses est une technique très effi cace dans l’interligne. Le hersage permet de lutter contre les mauvaises herbes jeunes, tout en aérant le sol en surface avec des dégâts limités à la culture. Le buttage permet d’étouffer les adventices dans la ligne. Ces buttages sont habituels pour certaines cultures, comme les pommes de terre ou les poireaux.
  • le faux semis : pour préparer le sol, mécaniquement ou chimiquement afin de faire germer les mauvaises herbes et les détruire dès qu’elles ont germé. Dans le cas des grandes cultures, il consiste en un ou plusieurs déchaumages superficiels avec rappuyages. Ce procédé favorise les micro-organismes du sol.
  • le désherbinage : consiste à désherber chimiquement sur le rang au moment du semis, puis à biner après la levée. Cette technique est possible sur toutes les parcelles cultivées avec un inter-rang large (idéal à partir de 45 cm). Plus l’écartement est important, plus la quantité d’herbicides est réduite. Le désherbinage se révèle assez efficace, à condition de biner tôt et dans de bonnes conditions, c’est-à dire sur un sol suffisamment sec et sur des adventices jeunes.

 

La lutte biologique

Elle est défi nie comme suit par la National Academy of Sciences des Etats Unis : utilisation d’organismes naturels ou modifiés, de gènes, de produits génétiques, en vue de réduire les effets d’organismes indésirables (pestes) et de favoriser les organismes désirables contre les plantes cultivées, les arbres, les animaux, les insectes et les micro-organismes bénéfiques.

Dans tous les écosystèmes, il existe des organismes appelés « auxiliaires » qui sont des ennemis naturels des « ravageurs ». Il y a les prédateurs tels que la coccinelle et la chrysope qui dévorent ou vident leurs proies. On peut citer également les acariens phytoséiides Phytoseiulus persimilis contre d’autres acariens tétranyques, les nématodes entomopathogènes contre certains insectes...

Il y a ceux qui utilisent le ravageur pour se développer et cela conduit à la mort de l’hôte. Ce sont des parasitoïdes : petits vers microscopiques phytophages des hyménoptères et diptères ou autres petites guêpes et mouches).

Il existe aussi des virus, bactéries, champignons très infectieux qui provoquent des épidémies anéantissant totalement les populations de ravageurs. On les appelle des pathogènes.

La lutte biologique consiste à favoriser les populations de ces auxiliaires par lâchers ou aménagement de milieux favorables à leur développement. Ainsi des bandes fleuries, des couverts herbeux, des haies sont le refuge d’auxiliaires tels que les syrphes et les carabes. Ces aménagements permettent de maintenir sous contrôle les populations de « ravageurs ». >>> Promouvoir les espaces de biodiversité

Un exemple connu du succès d’un parasitoïde est le trichogramme contre la pyrale du maïs. On peut également citer comme prédateur naturel commercialisé : les coccinelles, punaises et chrysopes contre certains pucerons.

 

>>>Etude du semis de colza sous couvert végétal

 

Les indicateurs en lien avec cette BMPs sont les suivants :

  • Couts de production
  • EBE/ha
  • IFT
  • Taux de nitrates     
  • Bilan energie
  • Bilan GES
  • Bilan Azote
  • Activité biologique