Promouvoir des espaces de biodiversité

Alors que la surface agricole utile diminue chaque année de près de 90000 ha, grignotée par l’urbanisation, les infrastructures de transport et la déprise agricole, les bords de champs –interface entre l’espace cultivé et le milieu environnant– ont un rôle important à jouer pour la préservation des équilibres.

 

Les bordures de champs

Longtemps ignorés, délaissés et réduits à leur fonction géométrique, ces espaces doivent être activement réhabilités et véritablement gérés pour tirer parti de leurs nombreux atouts potentiels.

Parmi les diverses espèces animales qui peuplent les territoires agricoles, qu’elles soient chassées ou non chassées, certaines sont de plus en plus perçues comme des indicateurs pertinents de la qualité des milieux. Pour tous ceux qui visent à mettre au point des systèmes de production durables, qui cherchent à concilier développement économique et sauvegarde du patrimoine naturel, leur prise en compte devient donc incontournable.

  • Là où l’érosion pose de graves problèmes, un bord de champ de 6 m de large, semé avec un simple couvert de graminées peut limiter la plupart des entrainements, même lors de pluies importantes. Les couverts anciens dotés d’un enracinement dense augmentent fortement la porosité du sol et offrent une grande résistance au ruissellement. Lorsqu’un véritable intervalle est aménagé entre les zones cultivées et la berge des ruisseaux ou des rivières, cela permet de réduire les entrainements de terre, les coulées de boue ou les effondrements, sauvegardant ainsi le patrimoine que constituent les terres agricoles. Cette protection facilite la circulation de l’eau, améliore sa qualité, préserve les végétaux et les animaux qui s’y trouvent.
  • Si modeste soit-il, un bord de champ enherbé contribue à réduire les pollutions diffuses d’origine organique ou minérale, pouvant résulter de l’emploi de fertilisants agricoles ou de produits phytopharmaceutiques. Son efficacité est conditionnée par ses caractéristiques propres (ancienneté, homogénéité, nature et hauteur du couvert, largeur du dispositif…), mais également par la manière dont il est disposé au sein du bassin versant. Il joue donc un rôle important tant au niveau de la sauvegarde de la qualité des eaux que du maintien d’un milieu favorable aux hommes et à la faune sauvage.
  • Les bords de champ peuvent donc être conçus comme une zone de réserve pour la microfaune du sol, à la fois utile au repeuplement des parcelles cultivées et à la satisfaction des besoins alimentaires de nombreuses espèces animales sauvages.
  • Si la flore spontanée des bordures de champs présente un risque potentiel variable de salissement pour les parcelles voisines, sa connaissance permet de déterminer des modes de gestion adaptés. Dans l’intérêt du système productif, on pourra alors utiliser leur couvert en conservant des atouts précieux pour la préservation de l’environnement, l’augmentation de la biodiversité botanique et animale et une amélioration souhaitable des paysages ruraux, éléments essentiels pour l’agriculture de demain.
  • Les bords de champ constituent donc un réservoir important d’arthropodes. La plupart de ces espèces ne sont pas préjudiciables aux cultures. Par la connaissance des végétaux auxquels les arthropodes auxiliaires sont inféodés, il est possible de favoriser leur hébergement et de faciliter leur dispersion dans les cultures, propriété utilisable dans l’optique d’une protection raisonnée. Enfin, les arthropodes constituent des proies dont l’abondance est un élément essentiel pour le maintien et le développement des populations d’oiseaux.
  • Préserver ou restaurer des bords de champ enherbés présente pour les pollinisateurs de grands bénéfices potentiels. Conserver des plantes à fleurs ou enrichir le couvert au moyen d’espèces attractives pour ces insectes renforce encore leur intérêt. La gestion printanière et estivale de ces bordures doit s’efforcer de ne pas éliminer de façon trop précoce les inflorescences porteuses des pollens et nectars indispensables.

 

Les enjeux environnementaux, agronomiques et sociaux de ces aménagements

Les bordures de champs limitent la pollution des eaux de surface par les nitrates, elles réduisent également les pollutions d’origine phytosanitaires. La bordure enherbée a la capacité d’absorber une partie des eaux de ruissellement en facilitant son infiltration. Ainsi, les substances absorbées sont retenues et se répandent moins dans les eaux de surface. >>> Optimiser l’utilisation de l'eau

Un rôle social, Le long des bordures de champs, les chemins sont des lieux de randonnées. Ces espaces, de par leur intérêt culturel, paysager et esthétique concourent à un cadre de vie de qualité pour les riverains et les touristes.

 

L’intérieur des champs

Les modèles prédominants de croissance agricole ont érodé la biodiversité dans les écosystèmes agricoles y compris les ressources phytogénétiques, les animaux d'élevage, les insectes et les organismes qui se trouvent dans le sol. Cette érosion a causé des pertes économiques, compromis la productivité et la sécurité alimentaire et s'est traduite par un accroissement des coûts sociaux. La perte de biodiversité dans les habitats «naturels» à cause de l'expansion de la production agricole jusqu'aux régions de frontières, est également alarmante. Les conflits entre l'agriculture et la biodiversité ne sont pas inévitables. Ils peuvent être évités grâce à l'adoption de pratiques agricoles durables et à l'évolution des politiques et des institutions agricoles. Le maintien de la biodiversité doit être intégré aux pratiques agricoles - une stratégie qui peut avoir de multiples avantages écologiques et socioéconomiques, notamment en ce qui concerne la sécurité alimentaire. Il est indispensable d'adopter, à tous les niveaux, des pratiques visant à préserver et améliorer la biodiversité agricole.

>>>Etude comparative de l’impact des pratiques culturales sur la biodiversité

 

Promouvoir la biodiversité dans les champs grâce à l’agroforesterie

Quatre points importants :

  • Fournir le gite et le couvert pour la faune sauvage et auxiliaire.
  • Favoriser une diversité de floraisons et de fructifications dans le temps et dans l’espace.
  • Diversifier les habitats : stratifier l’espace, du sol à l’étage aérien.
  • Permettre la circulation et les échanges de populations entre les milieux.

Dans l’agro-écosystème, chaque entité vivante doit, pour se maintenir, pouvoir s’alimenter, se réfugier, circuler et se reproduire pendant tout son cycle de vie. Cela suppose la présence de ressources alimentaires (minéraux, végétaux, pollens, fruits, proies animales) tout au long des saisons, la présence de zones refuge et de corridors de circulation pour garantir la reproduction et le brassage génétique.

De manière assez unanime, les travaux scientifiques montrent que la grande majorité des auxiliaires (9 sur 10) doivent quitter la parcelle cultivée une ou plusieurs fois dans leur vie pour effectuer leur cycle et survivre. Au contraire, seulement 1 ravageur sur 2 aurait besoin de quitter la parcelle cultivée pour assurer son maintien. Les éléments semi-naturels en bordure ou au sein même d’une parcelle cultivée (haies, lisières, vieux arbres, zones herbeuses,...) jouent donc un rôle fondamentale offrant des sites de refuge, de nourrissage, de reproduction, et d’hivernation pour de nombreux organismes vivants.

 

 

 

Un système sensible à l'érosion pauvre en biodiversité, incapable d'infiltrer et de réstituer l'eau.

 

 

 

 

Un système couvert en permanence, des sols riches en matière organique, capable de stocker et de redistribuer une grande quantité d'eau, d'une ripisylve qui protège et le cours d'eau de l'érosions éventuelle et des fuites d'intrants, un milieu riche en biodiversité et produisant de la biomasse.

 

>>> Elements et pratiques favorables à la biodiversité sur la ferme

 

 

Les indicateurs en lien avec ces bonnes pratiques sont les suivants :
  • Surface en biodiversité
  • Couverture du sol
  • Utilisation du sol
  • Activité Biologique
  • Taux de matière Organique
  • Taux de nitrate